En période estivale, les flux routiers sont en train d’exploser dans les Alpes

En période estivale, les flux routiers sont en train d’exploser dans les Alpes

L’été s’installe et avec lui la reprise des activités cyclistes sur les différentes routes de France. La ferveur du Tour de France débutant ou la chaleur faisante amènent un grand nombre de cycliste amateur ou non, ceci n’étant pas le sujet, à pratiquer leur passion avec entrain. Le soucis c’est maintenant de partager une bande de goudron généralement large de 3,50 mètres entre une multitude de modes de transport. Attention, je ne suis pas en train d’incriminer les fans de la petite reine impunément avec un bon slogan bien basique “les vaches arrivent à marcher l’une derrière l’autre, pourquoi pas vous ?” mais je m’inquiète de ce flux multi-modal qui entraine sur une même voie, vélo, moto, voiture, camionnette, semi-remorques et bien d’autres encore. Le pire c’est que chacun a sa propre vitesse de progression.

Je prends l’exemple des routes du Brianconnais (biensur, roulant dessus tous les jours, l’exemple est facile me direz-vous), la Route Nationale 94 traverse le territoire jusqu’à la frontière à Montgenèvre. Cet axe est fortement fréquenté par les semi-remorques et les camionnettes de fret faisant route entre le Sud de la France et l’Italie ou les pays d’Europe de l’Est. Il y passe chaque année plus de 4 millions de véhicules, soit une fréquence journalière supérieure à 10 000 véhicules. Les routes de montagnes sont sinueuses et étroites, généralement la signalétique au sol a été effacée par la fonte des neige ou l’usure du passage et le trafic transfrontalier est déjà dense. En été, se rajoute le balai des camping-cars, des motos et des vélos. Cela commence à faire beaucoup de monde sur 3,50 mètres. Mais ce qui m’amène à cette réflexion du jour c’est que chacun a sa propre vitesse de circulation, surtout en montée. Les vélos vont piocher en monter vers une vitesse de 10 kms, les camping-cars et camionnettes iront vers 40 à 50 kms/h, les semi-remorques sont plus vers 30 kms/h, les véhicules de tourisme se régulent vers 60-70kms/h et les motos (surtout en zone transfrontalières) sont sur un autre plan de célérité…. Maintenant rajoutons à notre équation, la densité. Tout de suite, le sujet devient complexe ou chacun défendra sa paroisse, mais le coeur du problème n’est pas de savoir si lui ou l’autre a une priorité sur l’usage des routes par rapport à son voisin mais plutôt de voir la manière dont on exploite nos flux. Rouler un Samedi de Juillet dans nos montagnes devient une épreuve sportive et au final on fait quoi ? On compte les morts.

Nos réseaux routiers ont été crées il y a maintenant plus de cent ans. Ils servent aujourd’hui à desservir nos destinations, qu’elles soient touristiques ou non. Dans le cas des Alpes, ces routes sont l’élément principal de l’économie touristique, sans elles, pas de clients. On le voit d’ailleurs en hiver, lorsqu’un axe est bloqué par les conditions météorologiques, les conséquences que cela peut avoir. Mais cent ans après les véhicules ont bien changés et les pratiques aussi et pourtant les routes elles ont du mal à évoluer.

J’en reviens à nos petits vélos… Plutôt que de les mettre en danger au milieu de cette jungle routière que peut-être la RN 94, pourquoi ne pas mettre en valeur des axes secondaires beaucoup moins denses. Je ne parle même pas de piste cyclable, la pratique souhaitée n’étant pas sur ce créneau là mais vraiment de mettre en avant notre réseau secondaire qui pourrait rendre moins accidentogène ces grands axes. Aujourd’hui le code de route stipule que vélos (et piétons) sont autorisés sur tous les types de route exceptés autoroutes et voies réservées aux automobiles (les panneaux bleus). A mon avis une réforme en profondeur de l’usage des routes françaises devient nécéssaire pour que chacun puisse s’y ressentir en sécurité.

Et dans tout ça, quelle image voulons-nous donner aux milliers de touristes étrangers qui arrivent dans les Alpes ? Un joyeux bordel où chacun roule à son allure et de toute façon, ce n’est pas grave car les pompiers sont toujours là pour ramasser les victimes sur les bords des routes ?

Il me semble que, plutôt que traiter les conséquences, on pourrait travailler aux origines du problème. En France, sur l’ensemble du réseau routier, les véhicules ou ensemble de véhicules de plus de 7,5 tonnes de PTAC affectés aux transports routiers de marchandises dangereuses et non dangereuses, à l’exclusion des véhicules spécialisés, des matériels et engins agricoles, n’ont pas le droit de circuler du samedi 22 heures au dimanche 22 heures. Cette interdiction générale s’applique également les veilles de jours fériés à partir de 22 heures jusqu’à 22 heures le lendemain. À ces interdictions générales s’ajoutent des interdictions complémentaires sur une partie du réseau Rhône-Alpes, pendant la période hivernale et, sur tout le réseau, pendant 5 samedis d’été.

 

Super !!!! Pour palier à cela, les transporteurs envoient des véhicules de moins de 7,5 tonnes souvent immatriculés en Pologne ou en Lituanie pour que le service de fret fonctionne en continue ; vous me direz aussi que quand on commande chez Amazon, on aime bien être livré le lendemain et que l’on s’en fout à ce moment là que le chauffeur soit polonais ou autre … La société d’hyper-consommation fait bien son effet sur la chaine de valeur.

Quant aux motos, la verve des pilotes en début de saison estivale et le plaisir de se faire un col de haute altitude fait que la prévention routière aurait grandement à faire. Mais avec une signalétique usée ou inexistante, il est alors facile de rouler sur une ligne blanche sans s’en apercevoir. Encore une fois, c’est les pompiers qui sont en première ligne pour aller chercher les victimes chaque été et ceci n’est pas du tout normal.

Ce partage des modes de transport accumulé à des usages qui ont fortement évolué rend nos axes routiers dangereux et rappelons nous que c’est ce flux qui nous fait vivre. Il est donc important de relancer une réelle réflexion nationale sur leur utilisation avant que les touristes décident d’emprunter d’autres chemins, plus tranquilles que les nôtres…

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