Le Tourisme en France de sa genèse a l’après-guerre

Le Tourisme en France de sa genèse a l’après-guerre

Dans un monde du tourisme où l’avènement du digital a profondément changé la donne, mondialisé l’offre ou accentué la fracture entre les destinations et leurs politiques territoriales. Les acteurs du tourisme ont vu leurs métiers changer aussi. Leurs destinations sont devenues des marques et les services marketing sont arrivés pour les gérer comme des produits.

Ça c’est dans un monde idéal où il n’existe pas de mesures intermédiaires…

La réalité c’est que le changement a bien lieu mais qu’il accentue aussi la fracture entre les différents territoires, ceux qui ont profité de la vague du numérique pour revoir complètement leur approche du tourisme et ceux qui attendent encore, ne sachant pas forcément par quel bout attaquer le problème. Le tourisme est un domaine d’activité pluridisciplinaire et complexe, sa transversalité d’action en fait un ensemble compliqué à comprendre et à gérer.

Proche et dépendant des gouvernances locales, le tourisme a la tendance d’être facilement appréhendé par l’expérience personnelle d’un élu ou d’un fonctionnaire territorial qui, si je peux me permettre le parallèle avec l’évènementiel, voit en l’organisation faite pour la kermesse du sou des écoles, le même travail que pour un festival de musique accueillant des artistes d’envergure internationale.

Pourtant les outils et les techniques évoluent avec le monde et les techniciens dans le domaine du Tourisme ont des armes qui les autorisent à offrir au client des atouts et une connaissance de leur territoire exacerbée.

En somme, tout est là pour faire du Tourisme un domaine d’innovation et de pointe sur le plan du marketing d’aujourd’hui. Mais les systèmes de gouvernances locales n’ont pas la même réactivité que les clients des destinations et peinent encore à évoluer dans le sens de ces derniers ou de les prendre en considération. Pourtant ce sont ces mêmes gouvernances qui sont propriétaires de leurs marques de destination.

Nous devons donc nous poser les questions sur comment en sommes-nous arrivés là ? Qu’est-ce qui fait que le tourisme en est à ce stade aujourd’hui. L’histoire du Tourisme est vaste et permet de comprendre beaucoup de chose notamment le fait qu’il n’est pas né en 1963-64 avec les plans Neige et Littoral en France.

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Depuis l’antiquité, les peuples se déplacent. Les voies de communication se développent au fur et à mesure des siècles ; entre traces militaires ou liturgiques, les routes sont nombreuses pour que chacun puisse se déplacer dans un monde qui ne fait que de se rapprocher.

L’Organisation Mondiale du Tourisme a pour définition du Tourisme : « Le tourisme est un phénomène social, culturel et économique qui implique le déplacement de personnes vers des pays ou des endroits situés en dehors de leur environnement habituel à des fins personnelles ou professionnelles ou pour affaires. »[1]. Ces mots dénués d’émotions sont une belle définition scientifique de l’activité touristique mais, tout comme Marc Boyer, l’on retiendra plutôt celle du tourisme d’Emile Littré en 1873 : « Il se dit des voyageurs qui ne parcourent des pays étrangers que par curiosité et désœuvrement, qui font une espèce de tournée dans des pays habituellement visités par leurs compatriotes. Il se dit surtout des voyageurs anglais en France, en Suisse et en Italie[2] ». Ce mot qui prend racine dans l’anglais « Grand Tour of Europe », lui-même hérité du français « Tour », un voyage avec une notion de circulaire ou de circuit, soit plusieurs étapes.  

Généralisé par l’aristocratie anglaise au cours du XVIIe siècle, le tourisme avait pour but de faire découvrir le monde à cette jeunesse anglaise qui partait généralement pour l’Allemagne ou l’Italie faire leur « Grand Tour of Europe » et à chaque fois, il leur fallait traverser la France, pire passer au travers des Alpes[3].

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Même si les premières traces de traversée des Alpes sont nombreuses, l’histoire retiendra surtout celles d’Hannibal lors de la deuxième guerre punique qui, en 218 av JC, remonte d’Espagne rapidement vers l’Italie en traversant les Pyrénées et les Alpes pour envahir les romains. Plus faible sur le terrain maritime que l’armée de Rome, Hannibal décide de passer par la voie terrestre et de passer les cols alpins avec quelques 38 000 fantassins, 8 000 cavaliers et 37 éléphants de guerre[4]. C’est donc par le Col du Montcenis ou par celui de Montgenèvre qu’il ouvrit une voie de communication non sans perdre entre 3 000 et 20 000 hommes lors de la traversée[5]. Ces chemins seront alors généralisés dans de nombreux voyages pour traverser les Alpes au fil des siècles même si les Alpes ne seront domptées qu’à partir du XVIIIe siècle.

Il faut attendre 1740 pour que ces passages de « Grand Tour » devenus « Tourists » se généralisent après un siècle des Lumières remplit d’adjectifs romantiques. De nouveaux thèmes de voyages se multiplient dans lesquels la montagne prend une place de plus en plus importante. Ces « Monts horribles » prennent toute leur importance à partir des récits de Windham et Pockoke en 1741 et l’invention du mythe du Mont Blanc, jusqu’alors peint de loin par les romantiques de l’époque. Les stations balnéaires et leurs longues promenades face aux mers à grande marée se font aussi la part belle dans un tourisme grandissant. Seules les côtes de la mer méditérranée sont délaissées dans ces nouvelles pratiques touristiques.

Mais à partir du dernier tiers du XVIIIe siècle, la médecine britannique vente rapidement les mérites de l’hiver méridional. A Nice et Hyères, les riches européens se délassent d’Octobre à Avril pour des besoins de santé. C’est au XIXe siècle que la côte méditerranéenne prend son essor avec le développement de nouvelles cités comme Cannes, Menton, Grasse ou San Remo que les anglais appelleront rapidement French Riviera, équivalent de la Côte d’Azur en français. Cette dénomination vient de l’auteur Stephen Liégeard en 1887. D’autant plus qu’une partie de cette côte devient française après le rattachement du duché de Savoie à la France. Dans le Sud-Ouest, ça sera aussi l’heure de l’avènement de Pau et Arcachon, d’Alger jusqu’à l’Egypte de l’est en passant par Estoril ou Madère.

L’essor du Tourisme ne sera plus stoppé et les expositions universelles permettront au XIXe siècle de passer d’un tourisme d’élite à un véritable tourisme de masse qui consacrera Londres et Paris comme les villes les plus visitées au Monde.

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Du coté des sports d’hiver, ils sont véritablement nés avec l’Armée. Le contexte politico-militaire propre à la fin du XIXe siècle convainc le gouvernement de la Troisième République qu’il faut protéger nos frontières. C’est ainsi que les expériences comparatives entre les raquettes et les skis pour le déplacement des troupes alpines font l’objet d’un rapport circonstancié du Capitaine Clerc (1902) dans lequel il démontre tout l’intérêt qu’il y aurait à les équiper de skis comme les Alpini du Colonel Zavarotti (Ballu, 1981-1988). « La bicyclette des neiges » s’impose d’abord comme un instrument d’exploration d’une montagne jusque-là hostile en hiver et comme une arme patriotique pour la défense des frontières les plus escarpées. Le Ministère de la Guerre soutient alors l’idée de créer une Ecole militaire de ski à Briançon. L’Ecole de ski du 159e va largement contribuer, à partir de 1904, à la propagation du ski et à la fabrication du matériel, tout en bénéficiant du soutien actif du Club Alpin Français et des conseils de quelques moniteurs militaires norvégiens. L’effort des militaires et des « Alpinistes » aboutit à l’organisation du premier concours international de sports d’hiver au Montgenèvre du 10 au 12 février 1907, devant une foule considérable (plus de 3000 personnes, alors qu’à l’époque Briançon ne compte guère que 6000 habitants). [6]

Dix-sept ans avant les premiers Jeux Olympiques d’Hiver à Chamonix, Montgenèvre sera donc la première station de ski française[7].

En moins de deux siècles, les grands sites historiques touristiques européens sont alors dessinés, seule la seconde guerre mondiale freinera le développement du Tourisme – bien que Pierre Montaz, dans « 11 américains tombés du ciel », décrit son travail dans la station de ski de l’Alpe d’Huez pour les officiers allemands[8] – et marquera une étape importante entre tourisme traditionnel et le nouveau tourisme de masse que l’on connait aujourd’hui.

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A SUIVRE…

[1] UNWTO – Comprendre le tourisme : Glossaire de base – www. nwto.org

[2] Émile Littré (1873), Dictionnaire de la langue française

[3] BOYER, Marc. Histoire générale du tourisme du XVIe au XXIe siècle. Editions L’Harmattan, 2005.

[4] Lancel 1995, p. 60.

[5] Richard Bedser, Hannibal V Rome, BBC et Atlantic Productions, Londres, 2005

[6] Arnaud Pierre. Olympisme et sports d’hiver : Les retombées des Jeux Olympiques d’hiver de Chamonix 1924. In: Revue de géographie alpine, tome 79, n°3, 1991.

[7] Guy Hermitte, Montgenèvre : Un siècle de l’histoire Du Ski De 1907 A 2007

[8] Pierre Montaz, Onze Américains tombés du ciel – 1994

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