Tourisme et données, on a pas encore tout compris….Introduction à l’utilité de la donnée touristique

Tourisme et données, on a pas encore tout compris….Introduction à l’utilité de la donnée touristique

“Supposons qu’un joueur d’échecs novice affronte un adversaire chevronné. Il perdrait, comme on pourrait s’y attendre, précisément parce qu’il aurait pris de moins bonnes décisions — alors que quelques conseils judicieux lui auraient permis de les améliorer facilement. Dans de nombreux domaines, les consommateurs ordinaires sont des novices dans un monde de professionnels expérimentés qui cherchent uniquement à leur vendre de la marchandise.”

Richard Thaler

Sur cette phrase de Richard Thaler, prix Nobel d’économie et père du Nudge, qui ne parle pas du tout de données, nous pouvons débuter notre réflexion sur l’utilité même de récolter des données dans le domaine du Tourisme.

Depuis l’avènement du tourisme de masse dans les années 60 (on parle du XXème siècle pour les plus jeunes, logique….. Les années 60 du XXIème, on risque de ne jamais les voir…), l’idée est d’accueillir le plus de touristes possible dans notre beau pays (2/3 des touristes sont endémiques en France…) et si possible en deux saisons bien distinctes, l’hiver à la montagne et l’été à la mer. Ca tombe bien, le président De Gaulle (pour les plus jeunes, il était général avant d’être Président, et oui… l’Avenue de votre commune, c’est à son nom à lui….) à prévu de construire avec l’aide de l’état, des grandes villégiatures dans des zones reculées, arides, inaccessibles à priori et ou la densité de population, vu le niveau de vie actuel (à l’époque) sera bien heureux de voir du monde s’intéresser à eux. On va donc créer, des stations de ski avec des autoroutes et des trains qui nous y amènent à coup de grandes barres d’immeubles de béton, et sur le littoral, même si il y a trop de moustiques, on peut faire des milliers de campings sur des zones arides (ça tombe bien c’est tout plat). Et comme il nous restait un peu de béton de l’hiver, on en profite pour pondre des oeuvres d’art architecturales (la mode passe vite…) pour en faire des villes de villégiature estivale qui, le reste de l’année, seront rendues aux moustiques. Je schématise mais le modèle fonctionne encore. A tout cela, on y rajoute le tourisme qui existe déjà depuis la fin du XVIIème siècle et le tour est joué. Notre filière touristique est en ordre de marche et fait des petits dans le monde entier (Bali, les îles d’Outre-mer, les Club Med sur les côtes marocaines ou sénégalaises, etc…).

A ce point précis, vous devez vous dire, il veut nous parler de données et il nous raconte sa vieille histoire bien caricaturale. C’est normal, on a oublié de poser des indicateurs dans ce magnifique développement puisqu’on était trop occupés à couler du béton. Et sans indicateurs, ça devient difficile de compter ou de référencer quoi que ce soit.

Donc, on a créé un modèle d’industrie touristique qui fonctionne, mais on oublie de compter et de référencer ? Oui complètement. Et quand on parle de lits froids dans les comités interministériels, il faut se rassurer ça ne date pas d’aujourd’hui. Le lit froid est là depuis le début, vous savez, celui où on ne venait à la montagne que pour Noël et pour les vacances des enfants en Février. Le reste du temps les volets sont clos et on allait faire du camping à la mer par la nouvelle autoroute du Soleil, l’A7, avec la R12 chargée à bloc.

Alors pourquoi s’en soucier maintenant me direz vous ? C’est que le monde a changé et que ce tourisme qui s’est assis sur ses lauriers s’est fait doublé par les opérateurs privés, mettant sur la touche les territoires de leur propre économie, ne leur laissant que des miettes et qu’ils soient bien heureux de les avoir encore car au moindre signe de rébellion municipale, on sort la carte “Si vous n’êtes pas contents, on peut partir…”.

Ce n’est pas si facile que ça, va t’on me répondre. Effectivement, mais il faut bien démarrer par quelque chose pour que le Tourisme puisse une nouvelle fois évoluer. Surtout dans une période où le changement climatique va devoir sérieusement insuffler un nouveau paradigme dans le tourisme moderne.

Et c’est la que la donnée touristique doit intervenir ! J’en reviens à ma citation d’introduction de Richard Thaler, “quelques conseils judicieux lui auraient permis de les améliorer facilement”. Demandez à votre élu, à votre directeur d’Office de Tourisme, combien de meublés il possède sur son territoire. Il ne connait pas le chiffre et risque de sortir son discours, tous ceux qui passent par Airbnb, on ne les connait pas…. En tant que premier magistrat d’un territoire, sa phrase pique un peu puisque, selon la loi, la déclaration d’un meublé de tourisme, que celui-ci soit classé ou non, est obligatoire. Toutefois, si le meublé de tourisme est la résidence principale du loueur, il est dispensé de déclaration simple. La résidence principale s’entend du logement occupé 8 mois minimum par an sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. Le loueur doit effectuer sa déclaration à la mairie de la commune où est situé son meublé, au moyen du formulaire CERFA n°14004*04. Il reçoit un accusé de réception. Et je passe l’abattement fiscal auquel le propriétaire à droit et la limite de 120 jours de location par an pour ne pas être déclaré professionnel de la location…

On a parlé de AirBnb là-dedans ? Non, on parle d’un référentiel régalien qui doit contenir l’ensemble des données du parc résidentiel du territoire. Ce qui pourrait éviter d’utiliser de nouveau du béton dans des nouveaux programmes de construction et permettre aux territoires de mettre en place des aides à la remise en location beaucoup plus performantes.

Mais pour cela, il faut durcir les lois ! Faire en sorte que les amendes pour les propriétaires qui restent cachés derrières leurs OTA puissent être mis à jour et taxés comme tout le monde sur leurs gains de location. Que les OTA n’acceptent que des biens qui soient tout d’abord référencés dans leur territoire de location. Ca serait un bon début. Que ces meublés déclarent la perception de leurs taxes de séjour.

Au final, tout le monde aurait à y gagner. Le propriétaire est déclaré et considéré par son territoire en tant que contributeur à son économie et à sa vie sociale (les emplois touristiques générés par l’activité en saison). Les OTA apaisent une situation qui ne tiendra pas sur le long terme avec les territoires touristiques et les communes retrouvent leur rôle de garant de la législation, et peuvent prendre les bonnes décisions en connaissant l’usage de leur parc résidentiel en temps réel.

Pour réussir cela, mettre en commun des données touristiques a un interêt sur le long terme, faire que les données territoriales deviennent un garde-fou. Pourquoi mener une politique de construction de nouveaux lits quand on a un héritage de 50 ans de résidences qui méritent simplement de la rénovation et du conseil pour être remis sur le marché ? Il suffit de les connaitre et d’animer ce réseau.

On parle d’Overtourism. Pour cela, il faut bien que les touristes dorment quelque part. En connaissant les indicateurs des territoires touristiques, non pas leur fréquentation, mais leur potentiel maximum instantané de lits occupés, là, nous pouvons agir sur ce phénomène. Mais pour cela, il faut compter.

Vous avez l’impression que je ne vous ai pas parlé de données touristiques dans cet article ? A première vue non, c’est vrai… et pourtant la donnée est de partout. Des lits touristiques, à leur référencement, rénovés ou non rénovés, au nombre d’emplois qu’ils génèrent sur une destination, à la consommation de matières premières qu’ils peuvent faire ou au carbone qu’ils rejettent, aux déchets qu’ils génèrent et à la manière de les traiter, la donnée est de partout dans l’écosystème du Tourisme. Il faut simplement l’utiliser pour mieux connaitre nos territoires.

Ah, au fait ! Je ne vous ai pas parlé des 90 millions de visiteurs en France chaque année, c’est une donnée aussi ! L’influence des touristes en transit dans les aéroports sur ce chiffre, la satisfaction client qui reste à mesurer, la répartition de ces 90 millions et leur mobilité ou leur saisonnalité. La donnée touristique, ce n’est pas toujours une affaire de fréquentation ou de fans sur un réseau social, ça va beaucoup plus loin.

Bref, vous l’avez bien compris, ça n’était que le premier article d’une longue série qui me donnera l’occasion d’écrire de nouveau sur ce sujet de Tourisme et Données 😉

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