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Un autre tourisme est possible – Dans l’œil du cyclone environnemental – 3ème partie

Un autre tourisme est possible - 3ème partie

Dans l’œil du cyclone environnemental

À l’image des meilleures sagas de l’été tel que Zodiaque, le château des Oliviers ou Châteauvallon, nous vous proposons une mini-série en trois parties qui vous tiendra en haleine sur la thématique d’un autre tourisme. Bonne lecture.

Dans l’œil du cyclone environnemental

Je dois vous avouer que j’ai eu du mal à me lancer dans l’écriture de cette dernière partie. Surement par peur de faire une énième théorie au lieu de rester dans un aspect pratique, ou tout simplement parce que le sujet est sensiblement « touchy » en ce moment.

Comme d’habitude, les médias en ont fait leur tête de gondole et s’évertuent à chercher un contraste qui ne peut pas exister.

Le Tourisme, en été, c’est bien, ça fait vendre dans les pages météo ou pour illustrer le vide des journaux d’information (en continu ou non, le niveau reste sensiblement le même). Mais en dehors de la pause estivale instaurée lors des Trente Glorieuses, le Tourisme devient mal perçu. Ça pollue, ça utilise des avions, des voitures, ça use le littoral, ça défigure les montagnes. Je veux bien, mais ce n’est pas nouveau non plus.

Ce monde, c’est nous qui l’avons créé. Il sera désormais plus difficile de le modifier après tant d’années passées dans une certaine modernité ou les ressources étant soi-disant illimitées.

Dans la mythologie égyptienne, l’univers nait du chaos avec le soleil, les dieux, l’humanité. Cet état de chaos se régénère tous les 2500 ans et le changement n’existe pas, les civilisations se sont éteintes sans véritablement changer.

 

Edgar Morin dit en 2016 :

« La planète est soumise à des processus antagoniques de désintégration et d’intégration. En effet, toute l’espèce humaine est réunie sous une “communauté de destin”, puisqu’elle partage les mêmes périls écologiques ou économiques, les mêmes dangers provoqués par le fanatisme religieux ou l’arme nucléaire. Cette réalité devrait générer une prise de conscience collective et donc souder, solidariser, hybrider. Or l’inverse domine : on se recroqueville, on se dissocie, le morcellement s’impose au décloisonnement, on s’abrite derrière une identité spécifique – nationale et/ou religieuse. La peur de l’étranger s’impose à l’accueil de l’étranger, l’étranger considéré ici dans ses acceptions les plus larges : il porte le visage de l’immigré, du rom, du maghrébin, du musulman, du réfugié irakien mais aussi englobe tout ce qui donne l’impression, fondée ou fantasmée, de porter atteinte à l’indépendance et à la souveraineté économiques, culturelles ou civilisationnelles. Voilà ce qui “fait” crise planétaire, et même angoisse planétaire puisque cette crise est assortie d’une absence d’espérance dans le futur. »

Au début des années 1980, le monde occidental se croyait solidement debout dans la prolongation des mythiques “Trente Glorieuses” et solidement convaincu de bâtir une société ascendante ; de leur côté, l’Union soviétique et la Chine annonçaient un horizon radieux. Bref, chacun ou presque pouvait avoir foi dans l’avenir. Cette foi a volé en éclats, y compris dans les pays dits du “tiers monde”, et a laissé place à l’incertitude, à la peur, et à la désespérance.

Article de la Tribune Edgar Morin : “Le temps est venu de changer de civilisation

Changement de civilisation plus que d’habitudes

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Marc Halévy, qui a écrit un très bon livre sur le Tourisme sous le titre : Le Tourisme Demain, construire un nouveau voyage, se base sur le travail des physiciens et historiens qui ont défini des constantes dans l’humanité depuis qu’elle existe. Des cycles de 500 ans.

Et explique « Qu’est-ce qui nous arrive ? »

Les cycles exposés par Marc Halévy sont les suivants :

  • La sagesse au temps de l’antiquité grecque : la disparition de cette civilisation est celle de l’invasion des cités grecques ( -150 av. J.-C.).
  • L’ordre : le paradigme de l’ordre par la civilisation romaine disparait avec la chute de l’Empire romain (+ 380 apr J.-C.).
  • La mutation féodale prend le relais jusque +920 apr. J.-C.
  • Le salut avec la renaissance jusque + 1450.
  • La dernière civilisation est celle de la modernité. Elle doit s’éteindre dans les années 2000.

C’est nous !

Dans ce croisement de deux paradigmes. Et dans cette zone de turbulence, qui doit durer 50 ans. Débuté en 1975, elle perdurera jusqu’en 2025 environ.

Selon lui, quels sont les 5 changements fondamentaux de notre monde actuel ?

  • L’écologie : de l’abondance à la pénurie.
  • La technologie : de la technologie mécanique à la technologie numérique.
  • La sociologie : des modèles hiérarchiques à des modèles complexes.
  • L’économie : de l’économie de masse et du prix à une économie de la valeur et de l’intelligence.
  • L’éthologie : de « réussir dans la vie » à « réussir ma vie ».

Tous ces éléments sont confrontés actuellement à un changement de paradigme, qui a bien débuté en 1975 et qui dure encore… difficile de le nier.

Ces fausses croyances qui nous ont mis dedans

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Une croissance exponentielle qui nait lors des Trente Glorieuses et qui accouche, en ce qui concerne notre sujet, de la standardisation du Tourisme mondial. Cette période se concentre principalement sur la relance économique avec un « Quoi qu’il en coute » de l’époque. Rappelons juste que, non seulement la Seconde Guerre mondiale a monopolisé les systèmes productifs et détruit énormément de capital, mais il ne faut pas oublier qu’elle succède à la crise des années 1930, qui avait généré une guerre des monnaies et une chute du commerce international de l’ordre de 40% en volume.

Avec la paix, l’heure est à la reconstruction et à la modernisation des économies, et comme l’explique le modèle de croissance néoclassique développé par R. Solow, c’est précisément ce rattrapage du niveau de capital par tête qui donne aux Trente Glorieuses ces taux de croissance exceptionnels.

D’ailleurs, on peut remarquer que ce sont les pays capitalistes les plus touchés par la guerre qui connaîtront les plus forts taux de croissance !

Installé dans son monde de modernité, l’Humain occidental, tel un drogué, il ne peut discipliner sa tendance à l’excès. À aucun moment, il ne cherche à se limiter.

Le constat n’est pas fini

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À vouloir tout dompter, les flux de déplacement mondiaux, la naissance des non-lieux évoqués dans la première partie de cette thématique, l’être humain s’est pris pour un dieu mais s’est pris un peu les pieds dans le tapis.

On crée un tourisme ouvert pour tous avec des espaces artificialisés pour y habiter, pour nourrir, pour se divertir mais on en oublie les ingrédients premiers. Tout en ayant une démographie galopante : 150 millions à la naissance du christianisme, 2 milliards en 1950, 10 milliards en 2050.

 

De ce fait, il faut cultiver de manière intensive pour nourrir tout le monde et si possible optimiser les profits.

Il y a quelques mois, j’ai mangé chez Eddy Baillifard à Bruson (vous y trouverez les meilleures raclettes suisses) et nous avons parlé agriculture. Il nous a expliqué l’artificialisation des sols en premier lieu. Son raisonnement est simple, une vache mange de l’herbe et produit du lait qui deviendra du fromage ensuite. Mais derrière tout cela, l’artificialisation des sols change tout. Une vache qui pâture dans la montagne va avoir un bol alimentaire regroupant plus de 300 plantes alors qu’une vache sur sols artificielle n’aura pour nourriture qu’une variété de 3 plants. C’est à peu près sûr que le résultat sera différent en termes de production de lait. Non pas en quantité mais en qualité. Le fromage tient son goût de cette diversité alimentaire.

Mais le pire, c’est que le regroupement économique des laiteries verra, in fine, le mélange des laits donc la perte de cette diversité et la fin des spécificités suivant les alpages où vivent les vaches. C’est une fuite vers le bas.

En parlant de raclette…

Un incontournable des vacances d’hiver, la raclette était un fromage rôti par les paysans valaisans devant la cheminée et deviendra avec le temps l’un des plats nationaux. Il faudra le passage des années 1960 pour que les industriels français Tefal et Entremont s’associent pour imposer dans l’assiette des vacances des Français une nouvelle idée de la montagne. Cependant, nous attendrons 2017 pour que naisse une IGP « Raclette de Savoie ». Je vous laisse imaginer, entre les deux, la qualité des produits proposés par rapport à la recette imaginée des siècles auparavant par les bergers Suisses.

Le bon vieux plat traditionnel des montagnes est en fait un mythe fabriqué de toute pièce par des industriels.

Des clients qui ont déjà évolués vers une sobriété environnementale

Dans l’œil du cyclone environnemental

Il n’y a pas de tourisme sans touristes, et eux, c’est peut-être par-là que le salut d’un tourisme raisonné peut marcher.

Le comportement du client a fortement changé durant toutes ces années, et il recherche désormais une autre forme de tourisme. Laurence Body l’explique très bien dans sa série d’articles sur l’expérience client.

Au fil des générations naissantes et des changements dans la société post-moderne, les habitudes et les attentes ont aussi évoluées.

La reconnexion au territoire

L’attente d’un tourisme de ressourcement qui prône un bien-être intérieur, bien vivre prend le pas sur le tourisme de consommation basé sur le défoulement.

L’heure est la reconnexion avec la terre, aux retrouvailles avec les siens mais aussi à la réalisation de soi. C’est que va composer le tourisme raisonné.

Mais tout cela ne fonctionnera que si apparaissent des changements structurels en termes de sobriété énergétique et dans la consommation touristique.  À noter, l’excellente note de l’institut Paris Région sur les entreprises qui proposent des solutions concrètes.

Alors, bien sûr, les pratiques sont encore disséminées et timides mais elles ont le mérite d’être là et peuvent devenir le socle des bonnes pratiques de demain.

Le changement ne se fera que par le monde des entreprises privées qui, par l’attente client, sera obligatoirement en première ligne pour faire évoluer dans cette transformation. Le monde institutionnel ne pourra être qu’un animateur de cohésion pour les destinations, trop restreint par ses contraintes régaliennes et malheureusement ses intérêts politiques. C’est prouvé par la fébrilité de l’engagement de l’état dans un changement contraignant mais, au-delà aussi, avec la déception des accords de la COP 27.

L’agence Alps accompagne tout au long de l’année un bon nombre de territoires dans leurs stratégies ou leurs réflexions qui font la différence. Vous voulez connaître nos références ? Contactez nous

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Cet article a été écrit par François Veauleger 

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