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Les Produits régionaux

L’impact de la fermeture des remontées mécaniques sur les produits régionaux

Article sur l’impact de la fermeture des remontées mécaniques

Pour la première fois depuis l’industrialisation du Tourisme des sports d’hiver, les remontées mécaniques se sont retrouvées à l’arrêt cet hiver et risquent fortement de vivre une saison blanche. L’impact sur la fréquentation et sur le chiffre d’affaires des grands acteurs de la montagne est assez facilement mesurable mais les effets indirects vont générer des surprises. Parmi celles-ci, la consommation de produits régionaux, car même si à l’échelle nationale, le souhait de consommer local est un fait avéré, en zone de forte densité touristique, sa consommation sur place est un levier fort de production qui n’a pas forcément eu lieu cet hiver.

L’impact de la fermeture des remontées mécaniques, la conjoncture

Espace naturel de montagne

La dernière note de conjoncture de L’agence Savoie Mont-Blanc pour la période des fêtes de fin d’année dit  : “Dans un contexte de fermeture des remontées mécaniques en raison de la crise sanitaire, la fréquentation des hébergements marchands a radicalement chuté avec une baisse de l’ordre de 71% par rapport à l’hiver dernier pour les nuitées en hébergements marchands. La fréquentation des résidences secondaires a, certes, permis à certaines stations d’atténuer cette baisse. La fréquentation globale de la destination Savoie Mont Blanc pour ces vacances devrait être quasiment divisée par 3 pour atteindre difficilement un peu plus de 2 millions de nuitées contre 6 millions, en moyenne, pour des vacances « normales ». La perte en retombées économiques, estimée pour ces vacances, est de l’ordre de 1,1 milliard d’euros. Pour la période hors-vacances du mois de janvier, les pertes s’annoncent tout aussi catastrophiques. En cumulé à fin janvier, la perte en retombées économiques pourrait atteindre 1,7 à 2 milliards d’euros.”

La situation pour la production de Beaufort

Syndicat du Beaufort

Au Syndicat de défense du Beaufort, la mesure des ventes lors de la période des vacances de Noël est simple, le chiffre est en baisse de 50% !

Moins de visiteurs donc moins de consommation de fromage, surtout en zone de fabrication du fromage beaufort. Le stéréotype des touristes de montagne tourne beaucoup autour du fromage et des spécialités locales. Si l’on prend l’exemple de la Suisse, dans son ouvrage L’image de la Suisse”,  Gianni Haver décortique les lieux communs qui influencent l’imaginaire lié à son pays. Le fromage arrive en troisième position, c’est dire à quel point c’est aussi une filière très importante pour l’économie de la montagne.

Ceci est un dommage collatéral mais qui a son influence sur le territoire car l’activité ski n’occupe la population locale que 4 à 6 mois dans l’année. Bon nombre de locaux ont une double activité. Par exemple, moniteur de ski et éleveur, ce qui nécessite d’adapter la traite du matin et du soir des animaux en fonction des cours de ski de la journée. Mais si le ski est mis entre parenthèses cette saison, l’activité agricole devient aussi un problème puisque moins de consommation veut aussi dire moins de production pour éviter d’embouteiller les caves d’affinage. Mais moins de production veut aussi dire moins de recettes, ça devient une double peine pour notre petit savoyard.

Cet effet papillon débute avec la décision gouvernementale de ne pas autoriser l’ouverture de téléportés au coeur de la montagne française !

Heureusement, le syndicat de défense du Beaufort avaient demandé aux producteurs de réduire la production dès Avril 2020 et vont pouvoir absorber plus facilement ce recul mais cela aura forcément un impact sur la vie agricole locale. Les revenus ne sont pas les mêmes et même si la production a su appréhender cette contre-performance économique, il n’en reste pas moins que les familles vivant de la production laitière en sont les victimes indirectes.

Mais derrière tout cela se cache aussi d’autres industries. Tout le matériel nécessaire à l’exploitation agricole va en pâtir au même titre que l’industrie de la maintenance et la construction des remontées mécaniques qui, par faute d’investissements, sera freinée. Cette deuxième est leader mondiale dans le domaine….mais affrontera dans quelques mois une crise du carnet de commandes.

Si nous extrapolons un peu, même si nous n’en sommes pas la, des exploitations en péril veut aussi dire des terres moins exploitées. Pourquoi ? La raison est simple, l’agriculture entretient la montagne grâce à la coupe des foins pour nourrir les bêtes, que ce soit par la pâture ou par la coupe des foins. Ces terrains, s’ils n’étaient plus entretenus, deviendraient des friches avec des hautes ou des mauvaises herbes qui plieraient sous le poids de la neige et donc pourrait accentuer le risque d’avalanches sur ces zones. Mais nous n’en sommes pas encore là.

L’impact de la fermeture des remontées mécaniques, que se passe-t-il dans les massifs

En Savoie Mont-Blanc, “alors que la fréquentation moyenne en février dernier affichait plus de 81 % de remplissage, elle accuse un recul de 54 % pour les 4 prochaines semaines. Les taux d’occupation s’échelonnent calendairement à 24 % pour la première, 36 % pour la seconde, 43 % pour la troisième et 45 % pour la quatrième et dernière semaine. La situation est hélas aussi difficile qu’on le craignait. Aux difficultés économiques que cela implique pour l’ensemble des professionnels de la montagne, on pense aussi aux millions de vacanciers que l’on a privés arbitrairement de leurs séjours au ski » déplorent Nicolas Rubin et Vincent Rolland, co-présidents de L’Agence Savoie Mont Blanc, l’organe de promotion territoriale de Savoie et Haute-Savoie.

Vue de Briancon

Dans les Hautes-Alpes, dans un document issu de la cellule de crise départementale, “sans remontées mécaniques pas d’économie, la baisse de 70% de fréquentation et de 80% du chiffre d’affaires à Noël et en janvier le prouve, les vacances d’hiver et la fin de saison seront du même acabit. Toutes les données sont connues, toutes les activités sont frappées, inutile de chercher « les trous dans la raquette », il faut prendre une raquette avec un cordage neuf. Il ne peut pas y avoir de cas particuliers, tous les acteurs doivent être aidés si leur chiffre d’affaires baisse, quelle que soit leur activité. Aujourd’hui le compte n’y est pas, citons les médecins de montagne, les pharmaciens, les syndicats locaux d’écoles de ski, les sous-traitants en maintenance, les entreprises nouvellement créées, les hébergeurs, etc.

Ce n’est pas l’interprétation des gestes barrières revus à la sauce locale au travers d’un douteux label territorial souvent doublé par un fumeux jeu de mot, ou un hashtag prônant l’envie de skier cet hiver, qui aura changé la donne. Sans le ski, la montagne à du mal à maintenir ses chiffres d’audience. Nous avons créé une économie qui fonctionne sur ce modèle, il faut l’assumer et trouver désormais à le modifier. Depuis 20 ans, on parle de diversification de l’offre, on en voit désormais l’interêt. Toutes les prévisions annoncent un retour difficile à la normale avant plusieurs années, enfin si retour il y a…

Et comment réagit la filière des produits régionaux à la fermeture des remontées mécaniques ?

Dans l’Etude Xerfi sortie en Janvier 2021, le bilan comportemental est simple. “Sous l’effet de la crise, la volonté de soutenir les petits producteurs locaux en difficulté s’est encore affirmée. Difficiles à quantifier faute d’une définition consensuelle, les produits locaux et régionaux pesaient dans l’Hexagone environ 40 milliards d’euros en 2019 dont 8 milliards sous appellation officielle d’origine et de qualité…D’autre part, la crise a mis sur le devant de la scène les questions de souveraineté alimentaire  et elle favorisera la diffusion d’un certain patriotisme économique auprès d’une part croissante de la population (classes moyennes notamment), ce qui bénéficiera aux allégations made in France, mais aussi aux produits régionaux.”

Pourtant, les retombées économiques cumulées par les commerces alimentaires et des bars/restaurants en station de ski représentaient ensemble plus de 30% de l’économie locale avec une évaluation à 255 millions d’euros juste dans les Hautes-Alpes. Cette saison, avec la fermeture des restaurants, cette représentation chute peu avec 27,5% d’achats dans les commerces alimentaires mais en chiffre d’affaires, le résultat n’est pas le même. Du fait du manque de fréquentation, la ventilation financière est estimée à 71 millions d’Euros. On retrouve donc les chiffres annoncés par le Syndicat de défense du Beaufort.

Au final, l’impact de la fermeture des remontées mécaniques est beaucoup plus grand

Tout ceci nous montre que l’écosystème de la montagne est très maillé et constitué de nombreuses filières qui interagissent les unes avec les autres. Si les domaines skiables n’attirent pas, ce sont des commerces qui en payent aussi les conséquences et la vente influence la production qui a une incidence sur les foyers locaux et leur capacité à vivre de leur travail et de leurs terres au sein d’un pays.

Au bout de la chaine, les communes hôtes des domaines skiables qui auront un triple effet cyclonique. La taxe communale sur les remontées mécaniques devraient être nulle,  puisque les forfaits n’ont pas été vendus. La taxe de séjour sera aussi réduite dépendant de la fréquentation des sites séjournants. Enfin, l’impact sur la fiscalité des entreprises du territoire a souvent été adaptée pour leur permettre de passer la mauvaise vague économique. Mais au final, c’est le budget communal qui sera tronqué d’une belle partie de ses recettes. Ceci est sans compter l’effet domino qui va se déverser sur les vallées des zones de montagne qui seront par conséquence touchées d’ici quelques mois ou trimestres du fait des difficultés financières des moteurs de l’économie locale. Malheureusement, l’effet papillon et domino cumulés, dureront surement dans le temps, ce temps qui n’est pas un facteur clé de la gestion de la crise par tous les échelons de la gouvernance socio-économique actuelle.

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