Pourquoi un OTA “à la française” n’est pas la solution aux problèmes du tourisme
Portrait pretty cool girl wearing french red beret holding paper bag with long white bread baguette on white wall background

Pourquoi un OTA “à la française” n’est pas la solution aux problèmes du tourisme

Pourquoi un OTA “à la française” n’est pas la solution aux problèmes du tourisme.

Lors des annonces faites par le Premier ministre pour relancer le tourisme, il a été évoqué qu’une plateforme de valorisation des données relatives à l’offre touristique française sera mise en place. Eric Lombard, Directeur général de la Caisse des dépôts, a annoncé que la plateforme mise en place par le gouvernement rassemblerait toute l’offre touristique française et pourrait concurrencer Airbnb et Booking. (Lisez l’article de TOM sur le sujet, il est très intéressant). Reste maintenant à connaître le contenu de cette plateforme… Et là…petit soucis…. quel sera le contenu ?

Certains députés ont bien essayé de faire profiter de leur expérience de voyage avec leur famille, des chèques restaurant fournis par l’assemblée (je ne sais même pas s’ils en ont) et de la gratuité sur le réseau SNCF pour s’improviser technicien du Tourisme. Mais ça ne va pas bien loin (Lisez l’article de Tourmag). 

Alors biensûr, étant donné que l’on est déjà dans le monde d’après, il faut impérativement dire que maintenant le tourisme doit être durable, pour sauver la planète ou greenwasher ses mauvaises actions du monde d’avant, en tout cas ç’est important de le dire. Et si possible devant des micros et des caméras.

Bref, tout ceci reste des effets d’annonces et l’on voit bien que depuis le début du déconfinement, ce qui intéresse tout le monde, c’est de savoir si les réservations de cet été avancent bien. L’environnement et les emplois précarisés avec la crise, on verra après. Pas trop de changement de paradigme ça risquerait de mettre en péril notre tourisme du monde d’après.

Donc au milieu des annonces du Nouveau Tourisme post-Covid-19 avec des Plexiglas entre les tables des restaurants, on aura un OTA à la française…. On est contents. 

On est content

C'EST QUOI UN OTA A LA FRANCAISE

Simplement une agence de voyage en ligne. Leur métier ? Vendre des séjours sur Internet. On pourrait l’appeler Voyage Privé, Lastminute.com ou oui.sncf.

Alors pourquoi l’état ou les parlementaires s’immiscent dans l’organisation touristique à ce point ? Peut-être par manque de créativité ou de connaissance de l’écosystème de la filière, ou simplement par jalousie mal placée. Car si on limite notre argumentaire au simple domaine de l’hébergement, il est découpé en peu de filières.

L’hôtellerie traditionnelle : je loue une chambre dans un établissement régi avec des normes réglementaires, j’ai des options d’achat avec petit-déjeuner, de la demi-pension ou de la pension complète. Ce modèle existe depuis des siècles et son industrialisation en France est liée à deux périodes de développement, le tourisme de masse à la fin du XIXème siècle et Internet avec la réservation en ligne à la fin du XXème siècle. Fin 2018, il existait environ 650 000 lits commercialisés. 

L’hébergement collectif est apparenté à plusieurs types de constructions: les villages-vacances, les résidences de tourisme, les gîtes collectifs ou les refuges. Les résidences de tourisme se sont multipliées à partir des années 70 à grands coups de loi de défiscalisation et de baux commerciaux, qui ont une date de péremption proche de l’usure prématurée du bien pour être remis au propriétaire bienheureux d’avoir réussit un “coup” financier 9 ans auparavant, et qui, maintenant, devra assumer tout seul un bien dont il ne saura que faire sauf quelques jours par an. Bienvenue dans le monde merveilleux du lit froid. Il essayera de rejoindre un autre catégorie que l’on décrira dans quelques lignes, le meublé de tourisme.
Principe même de la résidence de tourisme, avoir des clients autonomes et leur proposer des services para-hôteliers, ménage journalier, petit-déjeuner, etc… C’est ce qui lui donne son classement. Elles représente en 2018 environ 715 000 lits.

L’hébergement de plein air, secteur toujours en plein développement, est plus communément appelé Camping. C’est le moyen le moins coûteux de partir en vacances, bien que cette filière se soit allègrement transformée avec l’arrivée des mobile-homes, qui a remplacé les tentes et a assuré une montée en gamme de son produit d’hébergement. Fin 2018, il représentait plus de 910 000 emplacements.

Il me reste un secteur à décrire, et c’est là que les problèmes vont démarrer. Le meublé de tourisme, ou appelé aussi la location de particulier à particulier… Il représente 35% de l’hébergement touristique et pourtant, seuls les OTA se sont tournés vers eux. Les avons-nous aidés lorsqu’il a fallu passer de la petite annonce à la commercialisation sur Internet ? Certains territoires se sont équipés de centrales de réservation ou de place de marché mais avons-nous mené au bout un projet sur le plan national pour un marché qui est supérieur à un tiers des nuitées ? Non.

Par contre, nous n’avons pas réformé la taxe de séjour dans son mode de collecte. Pour information, dans d’autres pays d’Europe, chaque hébergeur, professionnel ou non, est obligé de remplir un bulletin d’arrivée électronique qui simplifie la gestion et la connaissance des flux.
Nous n’avons pas pris à bras le corps le problème des sorties des baux depuis le début des années 2000, pour accompagner les propriétaires de biens défiscalisés vers une commercialisation alternative. Donc aujourd’hui nous avons des lits froids sur des destinations touristiques et une perte de compétitivité des territoires sur ce domaine.

Expedia Explore 19

Seuls les OTA ont été sexy pour les attirer vers eux et leur permettre de louer leurs biens sur des plateformes professionnelles souvent mondiales. Et maintenant il faudrait copier AirBnb ou Booking (qui ne loue pas que de l’hôtellerie mais aussi beaucoup de meublés) ? Pour quoi faire ?
Encore une fois essayer de faire un travail que des plateformes privées même françaises font très bien depuis des années ?
A-t-on autant d’égo pour se dire qu’on va gérer avec de l’argent public un business de location de tourisme face à des géants comme Expedia ?

Avons-nous essayé de fédérer les coordinateurs touristiques de territoire que sont les Offices de Tourisme autour d’outils communs pour aider à la mise en avant des destinations ? Non.
Pas besoin puisqu’on était les leader, les Kings du Tourisme mondial ! Des champions qui ne le sont que grâces à leurs destinations et au travail de fond qu’elles mènent au quotidien…
Pourtant, je trouve qu’à un échelon moindre, les régions sont présentes et accompagnent les territoires de fort bonne manière. Sessions de formation coordonnées, plateforme de structuration des données touristiques, outils de GRC mutualisés, observatoires et j’en passe. 

Si vous remarquez bien, je ne parle pas de campagne de communication mais de travail d’accompagnement, ça ne donne pas le même résultat à la fin…

Donc, au milieu de tout ça, nous avons une loi NotRe qui a mis à mal un bon nombre d’Offices de Tourisme et remis en question la compétence Tourisme de communes historiquement touristiques vers des intercommunalités avec le risque de diluer les priorités d’investissement et de fonctionnement avec d’autres prérogatives. Il faut se poser deux questions :

– La première concerne les acteurs locaux du tourisme, prestataires d’activités, hébergeurs, restaurateurs, commerçants. Quels liens entretiennent-ils avec leur acteur régalien de territoire ? Comment intensifier ce lien et que peut apporter désormais leur Office de Tourisme pour continuer à developper leurs activités ?

– La seconde est pour le point de vue des clients. C’est peut-être beau de parler d’expérience client mais pour cela, il faut les connaitre, leur parler, sonder leurs besoin. Ont-ils besoin d’un nouvel OTA ? Est-ce cela qu’ils attendent en général de la destination France ? Ou s’attendent-ils à voir un accueil personnalisé, que l’on connaisse leurs habitudes culturelles, qu’on les sécurise ?

Maintenant, qui est le mieux placé pour capitaliser sur les bonnes pratiques des territoires et des régions et bâtir une vraie force en matière de tourisme à la française ?

Annonces du Premier Ministre

LA FRANCE A BESOIN D'UNE STRATEGIE SUR L'ENSEMBLE DE LA CHAINE DE VALEUR TOURISTIQUE

Plutôt que de se perdre dans un métier qui n’est pas celui des pouvoirs publics, ne serait-il pas intéressant de se consacrer à des missions qui, pour beaucoup, auraient un impact beaucoup plus fort sur le secteur touristique ?
Avoir des outils communs ?
Une politique commune ?
Une stratégie commune ? 

Pourquoi une stratégie commune me direz-vous ? Nous sommes leader…ou presque.
En premier lieu pour structurer la relation entre les pouvoirs publics et le secteur privé du Tourisme. Cela permettrait en premier lieu de faire descendre des objectifs, des méthodes du plan national au plan local. 
Certains essais ont déjà été menés me direz vous. Il n’y a pas si longtemps Datatourisme aurait dû être la plateforme Open data qui réunit l’ensemble des données touristique de toute la France. Malheureusement, il y a plus de 15 SIT sur l’ensemble du territoire national et l’arrivée de ce nouvel outil piloté par la DGE n’a pas eu l’effet escompté.
Je passe l’aspect Open Data qui me laisse sans voix sachant que la connaissance précise des données touristiques est le coeur de métiers des Offices de Tourisme aujourd’hui et que, de livrer en Open, ne servirait qu’à livrer l’ensemble de leur patrimoine métier à Google ou autre mastodonte qui n’attend que ça pour enrichir ses bases. 

Donc une stratégie mais concertée, qui prend en compte le facteur commun de toutes les destinations françaises, le client et la manière de le recevoir. Comment inclure la réflexion et valoriser la qualité d’accueil. En gros mener un programme commun d’excellence à tous les niveaux et pour tous les acteurs.

En concevant aussi que deux tiers du flux touristique est interne au pays, la stratégie pourrait aussi donner une identité commune aussi bien auprès des touristes français en premier lieu et internationale ensuite. Pas facile, mais indispensable pour continuer à progresser. Il faut que les codes soient partagés par tous encore une fois. 

Pourquoi un OTA “à la française” n’est pas la solution aux problèmes du tourisme

Au final, ce qui importe ce ne sont pas les outils, OTA, Data, Observatoires ou autres qui sont important, c’est la stratégie commune que l’on souhaite donner au Tourisme Français. Les territoires et les régions sont prêts à partager, ça s’est encore vu pendant la période confinement et l’ensemble des réunions à distance qui ont pu être organisées pour échanger. Maintenant, il faut offrir à notre pays un tourisme qui parle d’une seule voix et dont la vision soit partagée par tous les professionnels du secteur.

Et ce n’est pas un nouvel OTA à la française qui répondra à cela.

Vous pouvez relire tous les autres articles de l’Agence Alps dans la rubrique Blog et tous les services que nous pouvons vous proposer

Laisser un commentaire

dix-neuf + douze =